Un ambitieux programme de construction d'abris est lancé afin de protéger la construction des nouveaux types de sous-marins. Abris de montage, d'assemblage mais aussi pour l'entretien, tout cela dans des abris toujours plus grands, aux parois et dalles de toit  qui atteignent des dimensions inconnues jusque là.

Pour autant le seul abri d'assemblage, le bunker Valentin à Brême,sera achevé pour son gros oeuvre et en cours d'installation intérieure. Le programme est au-dessus des moyens de l'Allemagne. L'ouvrage sera massivement bombardé le 27 mars 1945 avec des bombes du type Tallboy de 5.5 t capable de percer plusieurs mètres de béton armé. L'opération est un succès. Les bombes ont réussi à pêrcer les cinq mètres de béton armé de la dalle de toit, provoquant des dégâts irréparables à la structure du bâtiment.

L’OKM, commandement supérieur de la Marine, va mobiliser bureaux d’études et chantiers de constructions navales pour gagner ces nouveaux défis. Plusieurs types d’ouvrage sont alors planifiés. La priorité absolue est réclamée par le Grand Admiral Karl Doenïtz pour mener à bien cet immense programme représentant plus de quatre millions de m³ de béton à couler. Speer va lui aussi s'investir en mobilisant toutes les énergies possibles nécessaires au programme. Cela va se traduire par l'utilisation de milliers de déportés sur le chantier de Brême, et plusieurs milliers de morts, tant par la dureté du travail, la sous-alimentation chronique et les bombardements alliés.

On peut classer en trois catégories les ouvrages en fonction de l'utilisation. Ce n'est pas toujours certain car des ouvrages ont changé d'usage au cours de leur construction. Les abris présentés le sont dans l'utilisation finale.

 

Abris pour le montage des sections.

Ces dernières arrivent en pièces détachées des différents lieux de production dispersés en Allemagne. Il faut mettre en place une chaîne de montage, un peu à l’image de celle utilisée pour les automobiles. Montées sur des chariots sur rails qui avancent de poste en poste, les sections sont complétées à chaque étape de montage. Aménagements intérieurs, circuits électriques, air comprimé, communications... Tout doit être en place pour l’étape de l’assemblage du sous-marin. Le système est  performant. Plusieurs centaines de sections seront achevées avant la fin du conflit,  malgré les bombardements et la désorganisation des voies de communications. En attendant l’achèvement des bunkers spécifiques au montage des sections, certaines seront assemblées dans d’autres abris bétonnés comme Fink II (section n°3) ou Elbe II (section n°5) à Hamburg et à Kiel dans l’abri « Konrad » entièrement modifié pour cela.

         

            Abris pour l’assemblage des sections

Il s’agit de l’ultime phase de construction. Les sections arrivent par barges ou sur plateaux de transport aménagés des chemins de fer, en fonction des modèles. Là encore le système de la chaîne de production est mis en place. Ainsi pour l’ouvrage « Valentin » c’est douze sous-marins qui sont en cours d’assemblage en même temps. La mise à l’eau s’effectue toujours dans l’abri grâce à bassin lui-même relié à l’extérieur par une écluse. Cela permet en outre d’effectuer les premiers tests d’étanchéité de la coque. Plusieurs ouvrages de ce type sont envisagés, mais seul le bunker « Valentin » sera construit, mobilisant jusqu’en avril 1945 tous les moyens techniques disponibles.

            Abris pour l’entretien des sous-marins

Le type XXI demande lui-aussi un entretien ou des réparations. Il faut donc prévoir des abris capables d’effectuer la simple maintenance ou des interventions plus complexes nécessitants  une mise hors l’eau du sous-marin et adapté aux dimensions du type XXI. Le programme prévoyait  en novembre 1944, la construction de onze abris  en Allemagne et Norvège, d’une capacité totale de 178 unités (bunkerplätze) Le plus important devait être celui de Rügen sur la mer Baltique avec une capacité de 36 unités dans un bunker de 340 mètres de long sur 220 mètres de large... Les projets sont nombreux, mais aucun ne sera à son terme, la majorité ne resteront qu’à l’état d’ébauche de plans ou de quelques terrassements légers.

 

Techniques de construction

La taille du nouveau sous-marin impose des alvéoles plus longues et surtout plus larges. Pour satisfaire ces contraintes, de nouveaux systèmes de poutrelles pour supporter le toit sont étudiés et construits. Deux sortes seront utilisées. Les premières, métalliques,  appelées « Melanträger » ont une hauteur de 285 cm sur 60 cm de large et 29 mètres de portée maximum. Disposées côte à côte, un imposant ferraillage est mis en place entre-elles avec des fers à béton de 12mm dans un maillage de 25x 25 cm, représentant 49 kg d’acier par mètre cube de béton coulé. Ce système sera utilisé jusqu’en juillet 1943 à Dora I l’abri construit à Trondheim en Norvège. Le second système est en béton précontraint, en forme arc et appelé « Spannbetonträger » Ces éléments, d’une largeur de 35 cm, ont une portée maximum de  32 mètres pour une hauteur variant de 2,4 mètres à 4,46 mètres selon les modèles pour un poids de 47 tonnes au plus. Le ferraillage n’est que de 35 kilogrammes d’acier par mètre cube de béton. Ces éléments présentent plusieurs avantages : plus grande portée, construction dans l’enceinte du chantier ou ailleurs avec transport par voies navigables comme cela sera le cas pour le bunker « Valentin ». Autre avantage, l’économie d’acier pour une résistance identique. Elle est estimée, par exemple, à 18.760 tonnes pour l’ensemble des trois bunkers « Kilian, Konrad et Fink II » Enfin un dernier modèle, plus simple, appelé poutrelle de  renfort, « Hoyerträger », d’une longueur de 6 à 9 mètres est utilisée en fond de coffrage perdu quand une seconde dalle de toit est coulée.

05valentin

 

Transport par barge pour les plus grands élements de Spannbetonträger, ici pour l'abri Valentin à Brême.

Bundesarchiv_Bild_185-05-02,_Bremen,_U-Bootbunker_'Valentin',_Bau

 

 

Ils sont ansuite décharchés et disposés sur des wagons plats spéciaux jusqu'au lieu de stockage, voir ci-dessous.

Bundesarchiv_Bild_185-05-12,_Bremen,_U-Bootbunker_'Valentin',_Bau

Bundesarchiv_Bild_185-05-14,_Bremen,_U-Bootbunker_'Valentin',_Bau

 

L’abri « Konrad » à Kiel

En avril 1943 débute la construction d’un abri destiné à la réparation des types VII. Afin de gagner du temps, c’est dans l’enceinte même des chantiers navals de la « Deusche-Werke und Werk Kiel » que se porte le choix du site d’implantation du bunker. Afin de supprimer la phase préparatoire des fouilles et terrassements, c’est un ancien dock datant des années 1871/1879, le numéro III, qui est choisi. Le dock voisin, numéro IV est d’ailleurs comblé pour stabiliser le terrain et servir d’aire d’entreposage des matériaux. La firme « Wayss und Freytag AG » à la charge du chantier. Les travaux débutent en avril 1943. Les murs extérieurs, épais de 3,5 mètres sont construits à l’écart des parois de l’ancienne darse car ces dernières n’auraient pas supporté une telle charge. Le bassin est maintenu en eau afin  d’y faire accéder des barges pour évacuer les fouilles des fondations. Ces dernières sont imposantes avec une base stabilisatrice très large. Elles sont achevées en août 1943. L’élévation des murs débute en décembre, par l’extrémité amont du bassin où est construit sur trois niveaux les futurs ateliers et magasins de pièces détachées.

Les plans sont modifiés en février 1944. Il est tout d’abord décidé d’ajouter un sas écluse. Une avancé de 28 mètres dans le bassin du port est nécessaire. Afin de stabiliser rapidement un fond vaseux, plusieurs caissons en béton armé sont immergés, le premier dès le 16 février. En second lieu le bassin est entièrement rempli de sable car l’utilisation de l’abri a changé. Il s’agit maintenant d’installer une chaîne de montage des sections n°1, 3, 4, 5, 6 et 8 du futur sous-marin type XXI. Les murs sont pratiquement achevés et le 19 avril 1944 débute la pose de 200 poutrelles du type « Spannbetonträger » qui ne va durer que 16 jours. L’ensemble est progressivement recouvert de 3,5 mètres de béton. Dans la nuit du 23 au 24 juillet 1944, un raid de la RAF, regroupant 628 bombardiers a pour objectif Kiel, ses chantiers navals et le bunker « Konrad » 10 coups au but sur l’ouvrage, ce qui interrompt les travaux d’achèvement. Il faut attendre le 15 août pour que le chantier redémarre. Moins de deux semaines plus tard, un second raid massif a lieu dans la nuit du 26 au 27 août, retarde encore le chantier. Ce n’est qu’au début du mois d’octobre que le bunker est déclaré achevé. Dès le 2, les premières sections commencent à être montées et cela jusqu’en mars 1945. A cette date la nouvelle priorité est la construction des sous-marins de poche « Seehund », loup de mer. La chaîne de montage est utilisée pour assembler les trois parties de ce petit sous-marin qui est la nouvelle priorité de la Kriegsmarine. Rapide à construire, il ne  réclame qu’un équipage  réduit de deux marins. Sa vocation est avant tout côtière bien sûr, mais désormais les objectifs maritimes ennemis sont aux portes de l’Allemagne...

konrad_1

Plan général et coupe de l'abri. A droite la partie ajoutée au plan d'origine pour l'emplacement du système d'écluses. On peut voir dans le plan de coupe la forme de l'ancien bassin de construction recouvert ensuite.

imagekonrad_3

imagekonrad_4

imagekonrad_5

 

Elevation des premiers murs de l'ouvrage.

U-Boat_base_konrad

 

 

L'abri prend forme. Vue prise du côté de l'entrée. On distigue le système de poutrelles , Spannbetonträger, en arc de cercle en béton précontraint  qui sert d'ossature à la future dalle de toit.

Konrad avril1944

Les poutrelles, Spannbetonträger, ont  une longueur de  35 mètres au maximum. Elles seront  utilisées à partir de 1943, principalement en Allemagne pour la construction des abris spécifiques de la Kriegsmarine. Pas d'exemple en France.

imagekonrad_1

L'intégralité des ces poutrelles sera noyée dans le béton atteignant une épaisseur de 3,5 mètres.

Capture01_Konrad1945

 L'abri Konrad en mai 1945. On voit bien l'emplacement de ce dernier sur l'une des trois darses de construction du port.

Seehund_konrad

seehund2_konrad

type127-seehund

Le type "chien de mer" seehund en allemand. Photos et plan.

 

L'ouvrage comme la majorité des autres à Kiel, Hambourg ou Brême, sera dynamité par les britanniques après la guerre. Le service du Génie de l'armée anglais vont en fait simplement dynamiter le mur de gauche. Sa chute entraînera  celle de la dalle de toit, rendant l'abri complètement inutilisable. La première photo illustre parfaitement la méthode.imagekonrad_7

imagekonrad_8

imagekonrad_9

hug_dwk_konrad01_96proz_1945

Kiel en mai 1945. Le grand rectangle blanc au centre de la photo est l'abri Konrad. Plus tard les vestiges de l'abri seront arrasés et les deux bassins comblés. Plus rien n'est visible de nos jour.

 

L’abri « Hornisse» à Bremen 

Au début de mars 1944 débute la construction de cet imposant abri. Comme pour l’ouvrage « Konrad » c’est au sein même des chantiers de constructions navales de l’AG Wesser que l’emplacement est choisi, en exploitant une ancienne cale de construction pour cuirassés de la classe « H »* Elle mesure 370 mètres de long sur 65 mètres de large. 

Le plan prévoit un abri de 362 mètres sur 68 mètres, car les murs porteurs de la dalle de toit doivent être légèrement décalés vers l’extérieur. Un double mur de soutènement est construit au milieu de la cale pour soutenir la dalle de toit constituée de deux parties. A la fin d’octobre 1944 la partie nord de l’ouvrage est achevée pour les murs extérieurs ainsi qu’une grande partie du mur central. Les premières poutrelles du type « Spannbetonträger » sont mises en place. La dalle de toit atteint 4,5 mètres d’épaisseur. Les ingénieurs étudient la possibilité de porter à 7 mètres la protection finale en coulant une seconde dalle sur des poutrelles de renfort « Hoyer-Träger » mais se pose le problème de la résistance des fondations, en particulier celles de la cale initiale. Les travaux se poursuivent malgré les bombardements. En février 1945, le plan est profondément modifié. L’abri ne doit plus être consacré uniquement au montage des sections, mais aussi à la réparation des sous-marins. Un sas-écluse, une cale assèchable et une autre sèche sont programmées. Le 30 mars 1945, une attaque massive de l’US Air Force a lieu sur le port de Bremen et ses installations. Le bunker est touché par plusieurs bombes de grande puissance. L’une d’elle, en tombant sur le bord du toit détache une masse importante de béton. Le 6 avril les travaux sont abandonnés. Depuis quelques semaines déjà, tous les moyens sont dirigés vers l’ultime bunker en phase de finition : Valentin. C’est donc un ouvrage inachevé et bombardé que les anglais découvrent en arrivant à Bremen au début du mois de mai 1945. Si 75 % des murs sont en place, à peine 25% de la dalle de toit est coulée. Seule la partie achevée sera conservée, soit le quart, le reste sera détruit. Sur la dalle de toit,un immeuble de bureaux est construit dans les années 1968/69.

 


 *A partir de 1937, le renouveau de la Kriegsmarine dans le domaine des navires de surface s’ébauche rapidement. Après plusieurs modifications, le « plan Z » prévoit un large programme de construction d’unités jusqu’en 1947... La série « H » doit comprendre plusieurs modèles, de plus en plus imposants, jusqu’au H 44, un cuirassé de 344 mètres de long, jaugeant 141 500 tonnes (à titre de comparaison, le Bismarck n’en fait que 45 451 tonnes et mesure 250 mètres) et armé de canons d’un calibre de 50,8 cm. Mais la construction de tels navires demande des cales surdimensionnées qui n’existent pas à l’époque. En mai 1939, le contrat de construction pour deux navires « H 39 » est signé entre l’OKM et les chantiers Blomhm und Voss pour une unité à Hamburg et A.G. Wesser pour un second exemplaire à Bremen. Une nouvelle cale de construction est creusée. Afin de stabiliser le sol constitué d’alluvions et de nappes d’eau souterraine, une couche d’argile de 15 mètres d’épaisseur est mise en place après un terrassement de 621.000 m³. Enfin une dalle en béton armé de quatre mètres est coulée. Les murs, de forme triangulaire, atteignent une largeur de six mètres à leur base pour une hauteur de onze mètres. En octobre 1939, le projet « H39 » est abandonné, mais les travaux se poursuivent jusqu’à la fin de 1942, date à laquelle l’ouvrage est achevé à 95%.


 

Hornisse_plan bunker_1

 

Mon plan et coupe  de l'ouvrage. La dimension du sous-marin correspond à celle d'un type XXI.

bauausfuehrung_1

bauausfuehrung_2Vues du chantier. Le terrassement est gigantesque et représente un volume de 621 000 m³ de déblais. 

bauausfuehrung_3Le mur de la future cale est en partie achevé sur l'un des côtés.

6hornisseLes deux alvéoles qui ocupent l'ancien bassin sont visibles sur cette vue aérienne de mai 1945.

Hornisse en mai 1945_US press photoL'abri en mai 1945 vue prise depuis le bassin de sortie inachevé.

Hornisse_mai 1945_archives_1Détail sur l'alvéole gauche. On voit sur le toit la structure metallique du pont roulant, brisée, qui permet la mise en place des élements pré-contraint,  Spannbetonträger.

 

 

 

 

L’abri «Valentin» à Bremen

Les terrassements débutent en février 1943. L’importance de l’ouvrage est sans précédant. Autant pour les dimensions que pour son importance dans le programme de construction du type XXI. Il est le dernier maillon, indispensable, de la chaîne de production : l’assemblage.

La planification pour les entreprises participantes à la  construction est établie par la Direction de la construction navale d’Hambourg et de la Ligue hanséatique ainsi que l’Einsatzgruppe OT de Wilhelmshaven. L'Arbeitsgemeinschaft Agatz & Bock, dont le siège est à Berlin et Cologne, est chargé de la planification du chantier avec les différentes entreprises retenues. Au total, plus d'une cinquantaine d'entreprises participent au chantier. Pour le choix de l'emplacement, le site de  Bremen-Farge est retenu car à proximité des chantiers navals de Bremer Vulkan à Vegesack et la Deschimag Werk AG Weser de Brême-Gröpelingen et facilement accessible par voie navigable. Le terrain où doit être édifié l’abri bétonné, à proximité d’une centrale électrique déjà construite, présente une  composition géologique stable et  adéquate à supporter l’énorme poids du nouvel ouvrage représentant une masse estimée de 800 000 m³. Après quelques retards, les fondations sont coulées en octobre 1943 et en grande partie achevées en mars 1944. Afin d’assurer la stabilité du bâtiment, elles descendent à près de 15 mètres de profondeur et sont larges de 12 mètres. Le 6 avril 1944, les prévisions d’achèvement sont annoncées pour le début de l’année 1945. Le 22 du même mois c’est la visite de Dönitz sur le chantier. Le 1er août la première poutrelle « Spannbetonträger » est mise en place. L’ouvrage est énorme* avec une longueur de 426 mètres, et une largeur  qui varie de 67 à 97 mètres, mais inférieure au plan initial qui prévoyait l’arrivée des sections par une barge jusque dans l’abri lui-même. Le déchargement s’effectuait en toute sécurité. La hauteur intérieure atteint 22 mètres au maximum, record de toutes les constructions réalisées pour ce type d’ouvrage. Les murs extérieurs sont épais de quatre à cinq mètres selon les zones et supportent une dalle de toit de 4,5 mètres complétée d’une seconde dalle, portant l’épaisseur totale à sept mètres. Le 10 novembre 1944, Albert Speer déclare que la construction et l’achèvement de « Valentin » est une priorité absolue. Goebbels visite à son tour le chantier le 25 novembre.

Afin de tenir les délais du programme de construction, des milliers de travailleurs  forcés et de prisonniers de guerre ou de travailleurs étrangers sont présents sur le chantier tous les jours. En octobre 1943, A G Weser estime qu’il faut 20 000 travailleurs en permanence sur le chantier pour tenir les délais. Au total c’est près de dix mille et douze mille personnes qui s’activent  en  ajoutant les travailleurs qualifiés allemands, les gardes, les contremaîtres et les ingénieurs. Au moins quatre mille  travailleurs forcés employés sur le chantier sont morts d’épuisement, de mauvais traitements, de maladies ou de malnutrition, mais aussi pendant les raids aériens. Près de 35 % sont absents car inaptes au travail pour maladie. Ils sont internés dans sept camps différents sur un rayon de trois à huit kilomètres du site. La surveillance des internés est assurée par un détachement du 7.Marineersatzabteilung 25 dans un premier temps. Mais le nombre de prisonniers augmentant sans cesse, ce sont les 600 soldats du 36.Marineeratzabteilung 25 qui renforceront la surveillance. Le camp de concentration de Neuengamme, celui  de la Gestapo de Brême, un camp de prisonniers de guerre et trois camps de travailleurs forcés provenant de divers pays occupés fournissent les effectifs réclamés.

Les prévisions de lancement des sous-marins sont programmées. Un U-Boot par semaine dès le mois de mai 1945, puis quatre à partir du mois d’août. Ensuite c’est un nouveau U-Boot qui doit sortir du sas toute les 56 heures, soit un peu plus de deux jours. Pour cela il est prévu deux équipes se relayant et travaillant 10 heures chacune...  Un total d’environ 150 unités par année est planifié.

Le fonctionnement de l’assemblage est simple. Il est basé sur le même principe que celui de fabrication des sections. C’est une chaine ininterrompue, le sous-marin évoluant de poste en poste sur des chariots et passent d’une alvéole à la suite en utilisant des chariots transbordeurs montés sur des rails transversaux. En premier lieu un important hall  permet de stocker 25 sections qui arrivent par trains spéciaux ou par barges (comme le plan du bunker est modifié afin d’en accélérer l’achèvement, des barges plus petites  d’une capacité de quatre sections pénètrent dans l’ouvrage par l’écluse normalement réservée aux sous-marins. Chargés sur des chariots, les sections traversent ensuite toute la largeur du bunker pour être stocké)  Lorsque toutes les sections sont en place, l’ensemble avance sur les chariots tractés par un treuil d’une capacité de 30 tonnes. La dernière étape est celle de la mise à l’eau dans un bassin d’essai. Si les tests sont concluants, le sous-marin passe dans l’écluse puis accède au fleuve Weser. Pris en charge il gagne alors les chantiers à Bremen, tout proches, pour les ultimes finitions avant le départ en mer du nord pour les essais.

Le 27 mars 1945 la Royal Air Force bombarde le site. Des appareils Lancasters, les seuls à pouvoir embarquer ce type de bombe, avec treize  « Grand Slam » de 9,9 tonnes et quatre « Tall Boy » de 5,5 tonnes bombardent le site. Deux bombes « Grand Slam » touche le bunker. Elles pénètrent dans la dalle de toit, épaisse de 4,5 mètres à cet endroit, sur deux mètres de profondeur et explosent, provoquant un percement total du toit au dessus des stations de montage « 5 » et « 8 » Trois jours plus tard, un second raid de l’US Air Force a lieu. Les bombardiers embarquent des bombes de 2,5 tonnes. Insuffisantes pour percer le béton, mais l’objectif est de détruire toutes les infrastructures autour du bunker. La mission est accomplie avec succès. Devant l’ampleur des dégâts sur le chantier, d’où l’impossibilité de réparer rapidement l’ouvrage, les autorités décident après une semaine  de nettoyage et déblaiement, d’abandonner purement et simplement le site. On peut se poser la question pourquoi les alliées ont-ils toléré si longtemps la construction de « Valentin » La réponse est simple. Pendant près de deux années les autorités allemandes ont mobilisé des moyens techniques et humains colossaux pour l’édification du bunker, et en simplement deux raids aériens ciblés, tout cela a été anéanti...

 


 

*Valentin est la plus importante construction monolithique de la seconde guerre mondiale construite par les allemands. Les chiffres qui suivent donnent une idée de l’importance du site et des incroyables volumes de matériaux utilisés:On estime à plus de 480 000 m³ le volume de béton coulé entre octobre 1943 et mars 1945. Cela est équivalent à la construction de 770 abris à personnel du type R 622. 

1 000 000 tonnes de granulats (sable et gravier) et 220 000 tonnes de ciment (soit 4,4 millions de sacs) vont être utilisées pour la fabrication du béton. 27 000 tonnes d’acier pour le ferraillage de l’ensemble.

La surface au sol est de 35 375 m².

Le bassin-écluse mesure 170 mètres de long et 12 mètres de large pour une profondeur de 13 mètres. Six pompes surpuissantes d’un débit de 1000 litres /seconde vident le bassin en moins de deux heures.

Le coût du projet s'élève à 120 millions de Reichsmarks.