Avant-propos

La Chancellerie du Reich est le lieu du pouvoir politique depuis 1878 et le Chancelier Bismarck en fut le premier occupant. Après son accession au pouvoir, Hitler n’apprécie   guère le bâtiment, mal entretenu, voir délabré dans certaines pièces. Il trouve surtout bien trop petit pour lui cette résidence officielle. Un premier agrandissement est construit par Troops, puis Hitler charge son architecte préféré la construction d’un nouveau palais. Ce dernier est inauguré en 1939, mais Hitler n’y séjournera que très peu. Ce n’est qu’au tout début de l’année 1945 qu’il installe son GQG, avant de s’enfermer dans son abri souterrain où il mettra un terme définitif à son parcours.

L’ancienne et la nouvelle Chancellerie

Le palais Schulenburg, est commencé en 1739 par Carl Friedrich Richter. Pour l’anecdote, le palais est réquisitionné par Napoléon en 1806. Il en fait son quartier général lors de sa campagne contre la quatrième coalition. Le Prince Antoni Henryk Radzivill  en devient ensuite propriétaire. Il le fait en partie restaurer par le célèbre architecte Schinkel de 1827 à 1828.  En 1839 l’Etat Prussien l’achète. Il devient, comme d’autres palais et hôtels particuliers autour de la Wilhelmplatz, un bâtiment officiel du pouvoir. De 1875 à 1878 de nouveaux travaux améliorent les lieux. Ils sont l’œuvre de Georg Wilhem Joachim Neumann. En 1878 le palais est déclaré comme la résidence officielle du Chancelier, d’abord impérial, puis de la République de 1918 à 1933.Tout le secteur comprenant la Wilhelmplatz et la Wilhelmstrasse est maintenant le cœur officiel et politique du pays.

le-congres-de-berlin-le-rauziwill-palace-le-palais-radziwill-le-prince-bismarck-nouvelle-residence-officielle-ou-le-congres-se-reunit-ddw0y1

 

A son accession, Hitler occupe à son tour le palais, mais n’apprécie pas les lieux. Il faut dire qu’ils sont en triste état, comme figés dans le passé, sans confort. Lieu de résidence des Chanceliers depuis mars 1871, il n’a guère changé. Bismarck puis sept successeurs vont y résider jusqu’en 1918 et la chute de l’Empereur Guillaume II. Puis quinze Chanceliers de 1918 à 1933 sous la République de Weimar. Passage éphémère donc pour certains dans ce palais qui se délabre autant par manque de volonté que de moyens financiers. Seul Hindenburg, pour le soixantième anniversaire de la création du IIème Reich charge, à partir de 1928, les architectes Eduard Jobst Siedler et Robert Kisch d’agrandir et moderniser la Chancellerie. L’inauguration a lieu en 1931.

Hitler charge à l’automne 1933 l’architecte Paul Ludwig Troops de tout revoir. Les aménagements intérieurs et extérieurs, le mobilier, la décoration. Troops est apprécié par Hitler car son style architectural lui plait. Le « professeur » comme le surnomme Hitler, va aussi réaliser à Munich le Temple des héros, Ehrentempel, à la mémoire des victimes du putsch manqué de 1923. Il sera le concepteur de la monumentale Maison de l’Art Allemand, Haus der Deutschen Kunst, toujours dans la même ville, sans en voir la réalisation finale en 1937 car il décède de maladie le 21 janvier 1934. A Berlin, C’est Leonhard Gall, architecte et chef des chantiers de Troots à Munich, qui prend la succession des travaux et propose d’ailleurs d’autres modifications comme la construction d’une imposante salle de réceptions. Une inspection complète des lieux est faite par Hitler, Speer et Gall. Le chantier est important et le Führer exige que tout cela soit rapidement exécuté. Les moyens techniques et humains mis à disposition de Speer sont énormes. Hitler vient d’ailleurs régulièrement sur le chantier suivre l’évolution des travaux. Il ordonne aussi la construction de plusieurs bâtiments pour abriter sa garde personnelle. Une partie du jardin est alors utilisé.  Les chênes plantés sous Bismarck sont arrachés. En 1935, à la demande d’Hitler qui se plaint de ne pouvoir voir et être vue lors des défilés et réunions populaires de ses partisans sur la Wilhelmstrasse, Speer est chargé d’aménager un balcon sur la façade du bâtiment. Il sera d’ailleurs surnommé le « balcon du Führer » A la même époque s’achève les travaux de modifications et agrandissements de l’architecte Grall avec en particulier la construction du premier abri anti-aérien, sous la grande salle de réceptions, connue aussi sous le nom de salle des ambassadeurs ou encore salle de bal, qui donne au sud sur les jardins de l’ancienne Chancellerie. (Voir le chapitre suivant) Mais le grand projet du Führer est la construction d’une chancellerie qui incarnera le renouveau de l’Allemagne en architecture et sa puissance vis-à-vis des autres nations. Il s’en confie à Speer dès 1934. Mais ce n’est finalement que le 11 janvier 1938 qu’il se décide brusquement. Tout doit être réalisé pour le mois de janvier 1939, car le 11  il reçoit l’ensemble des représentations diplomatiques en Allemagne. Speer, nommé en 1937 Inspecteur Général des bâtiments de Berlin, a déjà le pharaonique projet, entre autres, de Germania, la future capitale du Reich millénaire. Les travaux ont débuté en 1938 et doivent s’achever en 1950... En attendant il doit obéir et propose rapidement quelques esquisses qui bien entendu enthousiasment Hitler. Ce dernier lui donne tous pouvoirs pour terminer dans les temps. Il n’y a pas de contraintes financières, et la main-d’œuvre, 4000 ouvriers en permanence et jusqu’à 10 000 à certaines périodes, va travailler tous les jours en deux équipes : une de jour, une de nuit. Le volume des nouveaux bâtiments, tout au long de la Voßstrasse, atteint 400 000 m³. La Nouvelle Chancellerie (Neue Reichskanzlei) est achevée deux jours avant la réception.

1940ca_wilhelmplatzA gauche l'ancienne Chancellerie et à droite l'extension réalisée par Troops.

kanz1k

Premier travail pour Speer, l'aménagement d'un balcon sur la façade construite par son prédécesseur à la demande d'Hitler qui souhaite être vue par la foule depuis la  Wilhelmplatz. Le balcon est visible au premier étage.

Berlin_1945_Pinterest

1945, le même balcon transformé en fortin pour les ultimes combats.

348

 

Au pied du balcon sur un amoncellement de grabats, le globe terrestre du bureau d'Hitler. Mais il y en avait vraisemblablement plusieurs à la Chancellerie.

00112

 

Le globe terrestre examiné par des soldats soviétiques. Ci-dessous, le globe en place, cercle rouge, dans le bureau du Führer. 

445510_globe détail

 

Berlin_1938_Bundesarchiv_Bau der Neuen Reichskanzlei_1Le chantier de la nouvelle Chancellerie, 1938. Un défi pour Speer au vue des délais. La construction sera achevé seulement deux jours avant la date prévue. Les clichés sur le chantier sont rares. Quelques dessins cependant.

6d8c420456f56679b3f5a7524c0b67b4

3bd1190da752e28eedc752e25c67fe61

b2-rchyLe bâtiment est maintenant achevé. Vue identique en 1946. On peut voir la voie étroite de 60 cm pour le déblaiement des ruines.

wilhelmstr3b

copie_11Entrée principale. Les deux gardes donnent l'échelle de la hauteur du bâtiment. Ci-dessous, toujours des gardes, mais les uniformes ont changé. La Chancellerie est situé dans le secteur d'occupation soviétique de Berlin.

1364452505079

410

 

16-501913

Six années séparent les deux clichés.

000511Bureau d'Hitler.En 1939 et ci-dessous en 1945.

BB_19450802_Wilhelmstrasse_sal

310

 

b04510La longue enfilade que doit emprunter les visiteurs avant d'arriver au bureau du führer. Ci-dessous en 1945, vue inverse.

1364452458488

AKG306029

Salle des mosaïques. Ci-dessous, dévasté en 1945. La Chancellerie est devenue un lieu de viste recherché.

chance10

 

Ci-dessous la salle du dôme.

74ac2a125d2b1129787c20eae117f6dc

Berlin_chancelerie_1

 

Ci-dessous la grande cour intérieure

b0110

berlin-1945-neue-reichskanzlei-ehrenhof

La même cour intérieure vue de l'autre sens, avant et après.

chancellerie_AH

1x1_fi_95d82b1d7844d942734066d3644f6222_884_896

 

 

 Abri anti-aérien de la Chancellerie ou Vorbunker

Le 21 juillet 1935, l’architecte Léonhard Gall, ancien collaborateur de Troost à Munich, propose, dans le cadre de la restructuration de la Chancellerie, de faire édifier une nouvelle grande salle de réceptions dans le prolongement des nouveaux bâtiments qui jouxtent l’ancienne Chancellerie. A plus de cinq mètres de profondeur pour les fondations, mais au niveau de la cave pour les accès, un abri anti-aérien est aménagé. Les murs extérieurs sont épais de 1,30 mètre et la dalle de toit de 1,60 mètre.  Les cloisons internes ne font que 0,50 mètre. La hauteur intérieure atteint 3,08 mètres, ce qui n’est pas courant pour ce type d’abri. L’ouvrage s’intègre parfaitement dans les sous-sols de la salle de réception. Il est désigné abri anti-aérien, Luftschutzbunker. Le coût estimé est de 250 000 RM (Reichsmark). L’ouvrage a la forme d'un carré de 21 mètres de côté. Trois accès à partir du niveau supérieur, la salle de réception. Mais l’entrée est aussi possible à partir des sous-sols. Cet abri a une surface de 441 m²  brute et 339 m² nette. Achevé à la fin de l’année 1936, il est officiellement mis à disposition l’année suivante seulement. Son accès  est bien sûr strictement réservé aux résidants permanents de la Chancellerie. Hitler qui occupe toute la façade Nord du bâtiment, n’est qu’à quelques mètres de l’abri. La première utilisation se fait au mois d’août 1940 lors du début des raids britanniques sur Berlin. Après la construction du Führerbunker, l’abri sera dénommé « Vorbunker » soit « avant-bunker ». Une ouverture sera alors pratiquée au milieu de la cloison donnant vers les jardins afin de relier les deux ouvrages. Hitler ne sera guère présent à Berlin tout au long du conflit, circulant d’un GQG à l’autre et principalement pendant plus de trois ans à Rastenburg en Prusse Orientale, aujourd’hui en Pologne. Lors de son retour dans la capitale le 16 janvier 1945, il fait installer directement le GQG dans le nouvel abri. Le Vorbunker est alors lui aussi occupé, en permanence, par les gardes chargés de sa sécurité et le personnel de sa maison ou certaines personnalités liées à Hitler comme le docteur Théodor Morell. D’autres pièces servent de réserves alimentaires 

Abri du Führer ou Führerbunker

Beaucoup d’informations, de plans, d’affirmations, de légendes circulent sur ce lieu. Il est difficile de rétablir la vérité, ou du moins de s’en rapprocher, sans comparer les sources. Souvenirs des participants, mémoires, livres de journalistes ou de correspondants de guerre, rapports officiels. L’historien Pietro Guido réalise une très belle enquête comparative, jusque dans le détail comme par exemple celui du nombre de marches pour accéder à l’abri. C’est à partir de ces renseignements et des plans originaux de l’atelier d’architectes Troots, en charge du projet, que Pietro Guido, dans son livre « Führerbunker » mène une investigation de qualité et présente des résultats certainement les plus exacts.

Le projet

Après la défaite de Stalingrad puis le discours de Goebbels au Sportpalast du 18 février 1943 sur la « guerre totale » celle-ci le devient effectivement pour les Berlinois. Les raids aériens massifs ont repris depuis la mi-janvier. Dans la nuit du 1er au 2 mars, un  bombardement détruit des bâtiments officiels au sud de la capitale. La nomination d’Arthur Travers Harris le 24 février 1943 en tant que responsable des raids aériens de la RAF et USAF change la donne. Ce dernier est un partisan acharné des raids de destruction massive sur les grandes et moyennes villes allemandes, en présence d’objectifs militaires ou non. Il pense obliger, par la terreur de ces destructions aveugles, pousser le peuple allemand à réclamer la paix, ou mieux se révolter. Il dispose depuis la fin de l’année précédente de plus de 1000 bombardiers lourds en permanence. Ce sera un échec, avec un résultat inverse aux souhaits de Harris. La capitale du Reich va subir 365 raids entre 1940 et 1945. A partir de la fin de l’année 1943 les bombardements vont se succéder jusqu’en avril 1945, à quelques jours de la chute de la capitale allemande.

Déjà, l’année précédente, Speer souhaitait la construction d’un nouvel abri, avec une protection accrue. Mais Hitler passe la majorité de son temps au GQG de Rastenburg en Prusse Orientale et réside rarement à la Chancellerie. Il n’y adonc  pas de suite à  sa demande. La situation évolue et finalement Hitler ordonne la construction le 18 janvier 1943 d’un nouveau bunker anti-aérien à la chancellerie. Il souhaite qu’il puisse aussi être utilisé comme GQG.  Le programme est confié à l’architecte Piepenburg, de l’atelier Troots.

Les caractéristiques

Le projet prévoit un abri de capacité similaire au premier en termes de surface. Son aménagement intérieur reprend lui aussi la même disposition : un large couloir de circulation séparé en trois parties et chaque côté un ensemble de locaux dédiées pour un total de 22. Le seul accès se fait depuis le Vorbunker par un escalier à double volée à angles droits. Il y a 2,50 mètres de différence entre les niveaux des abris. L’ouvrage se présente comme un carré parfait de 19,50 mètres de côté, soit 1,10 mètre de plus que le vorbunker. Les murs extérieurs et la dalle de toit mesurent 4,00 mètres. Le volume estimé est de 5000 m³ sans inclure les fondations. Hitler visite l’abri le 20 novembre 1944 alors qu’il vient d’abandonner son GQG de Ravensburg. Il souhaite qu’une dalle additionnelle d’un mètre soit coulée. Mais cette modification ne sera pas réalisée. La surface brute  est de 756 m² pour 380 m² net. La hauteur intérieure est de 3,00 mètres et l’on peut estimer le radier à 1,30 mètre au minimum. Il faut gravir les 44 marches de l’issue de secours pour retrouver l’air libre des jardins de la Chancellerie. Un bloc de 8,93 sur 7,37 et 4,88 de hauteur (mesures prises par les soviétiques en juin 1946) A proximité, une tourelle conique de près de 5 mètres de hauteur, en béton armé, muni de trois portes basses avec créneaux de tir. Il n’y a pas de communication avec l’ouvrage en dessous contrairement à ce que montre de nombreux plans. Il s’agit d’un simple abri d’observation et de défense extérieure, accessible depuis les jardins par une porte blindée. Une seconde tourelle avec des fonctions identiques est restée inachevée.

1945_Rigskanseli_have_taarn

Vue peu courante de la tourelle achevée montre bien les créneaux d'observation en hauteur et l'accès en dessous.

La construction

Les travaux débutent rapidement après l’ordre du Führer. En raison de la hauteur totale de l’ouvrage, 8,20 mètres, la fouille dans les jardins représente un important volume estimé à plus de 8000 m³. Il faut creuser à près de dix mètres de profondeur afin dans un premier temps de stabiliser le terrain en raison de  la nature du sol, alluvions, et la présence d’eau. La Spree et le Landwehrkanal  ne sont pas loin. Lors de l’occupation effective de l’abri, plusieurs personnes témoigneront du bruit lancinant et permanent des pompes chargées de l’assainissement des eaux d’infiltration. Cela oblige donc  les constructeurs à entourer le chantier d’un ensemble de palle planches. On peut en voir quelques unes encore en place sur les photos prises lors de la destruction du toit du bunker dans les années 80. Le gros-œuvre est achevé le 23 octobre 1943 par la société Hochtief AG* L’année 1944 est consacrée aux aménagements intérieurs et aux finitions. Plus de quarante entreprises participent au chantier. Codé B 207, il est estimé à 1,35 millions de RM (Très exactement 1.349.899,29 RM d’après la facture finale conservée au Bundesarchiv, précisant le détail des différents travaux). C’est une bonne opération financière pour l’architecte, qui perçoit 2,3% d’honoraire pour le projet et 1,5 % pour le suivi de chantier. Au total, Piepenburg encaissera le 30 septembre 1944 la belle somme de 51.293 RM.

__________________________________________________________________________________________________________ 

                                                                         La société Hochtief AG

Fondée en 1874, ce conglomérat de sociétés est axé principalement sur les travaux publics, en particulier les ouvrages d’art comme les ponts, les canaux, mais aussi les grands bâtiments de stockage, avec l’utilisation de la technique du béton précontraint.  Mise à mal par les conséquences du traité de Versailles, le groupe se maintient en jouant sur le marché financier d’une Allemagne en pleine inflation. Après l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933, les espoirs de nouveaux contrats liés au réarmement du pays sont contrariés par la promulgation des lois raciales du Nuremberg en 1935. Une majorité du conseil d’administration doit démissionner. Seul le PDG Eugen Vögler, non concerné, résiste mais se voit contraint de rejoindre le parti nazi en 1937. Le « plan de quatre ans, 1936/1940 » qui doit redonner à l’Allemagne sa place en tant que nation et rétablir sa puissance économique et militaire, va être très profitable au groupe industriel. Construction des autoroutes, des fortifications du Westwall, nouvelle et moderne usine de camions pour Opel. Elle participe aussi aux projets pharaoniques de constructions à Nuremberg. La guerre déclarée, elle poursuit ses chantiers sur le mur de l’atlantique ou les ouvrages spéciaux comme les bases pour sous-marins et autres abris de grande capacité. C’est elle qui construit aussi les abris des différentes résidences d’Hitler. Le Berghof et ses complexes d’abris souterrains, le GQG à Rastenburg et ses énormes bunkers, enfin bien sûr l’abri de la Chancellerie à Berlin. Il est certain qu’elle a utilisé de main-d’œuvre forcée, comme bien d’autres industries, mais toutes les archives pouvant le prouver ont disparu. La fin de la guerre est catastrophique pour le groupe. Son siège social à Essen est entièrement détruit en mars 1945 et une partie de ses filiales se retrouvent en Allemagne de l’Est, ou en Pologne. Il lui reste cependant de quoi décrocher son premier contrat d’après-guerre avec la construction de l’hôpital universitaire de Bonn (1946/1949) sous la direction de son nouveau PDG, Artur Konrad. La création du Deutsche Mark en 1948 et le redémarrage industriel de l’Allemagne Fédérale feront le reste pour amener la société à un niveau mondial incontesté.

___________________________________________________________________________________________________________

 

untergrund_fuehrerbunker_02

Un plan fiable de l'ensemble des deux bunkers.

sortie bunker_2

Les extérieurs de l'abri ne sont pas entièrement achevés. La seconde tourelle, à gauche, est en cours de feraillage, et du matériel de chantier est visible un peu partout. Le bloc de sortie possède encore une partie de son coffrage.

1946, les deux tours de garde et l'entrée du bunker

Berlin_1945_1 (2)

La tourelle de droite, achevée, comporte deux ouvertures fermées par une porte blindée réduite d'environ un mètre au carré, typique des ouvrages du Westwall.

 

a6e0f55bf9d5e89b394a8512bd938e14

 

Berlin_1945janvier_bunkerchancellerie_Doënitz et Hitler_Bundesarchiv_1

Les photos prises à l'intérieur de l'abri sont extrêmement rares. La seconde est légendée Doënitz, en janvier 1945. hitler vient de revenir à berlin et y installe son GQG après l'évacuation du précédant en raison de l'avance des troupes soviétiques.

 

Berlin_Hitler bunker_1_Sven Felix Kellerhoff_Hitlers letzter unterschlupf_2

Peut-être l'une des toutes dernières photos des occupants de l'abri. Officiellement le Docteur Morell, à gauche, quitte le bunker, sur ordre du führer le 21 avril 1945 soit le lendemain de l'anniversaire d'Hitler.La légende indique une photo prise avant le 30 avril.

a1945q

a1945r

Ces deux photos, mondialement connues, sont légendées comme les dernières d'Hitler. Difficile de situer le lieu dans la Chancellerie.

 

 

L’après-guerre

Les premiers soldats russes pénètrent dans les deux bunkers le 2 mai. Ils sont vides, désertés par leurs derniers occupants. Les « SS » chargés de la sécurité des lieux, tentent, en vain, d’incendier le Führerbunker. Le pillage commence. Dans le courant du mois de février, du mobilier récupéré dans la nouvelle Chancellerie fut installé dans l’abri ainsi que des tableaux et quelques objets de valeur. Tout va disparaître rapidement. Les murs se couvrent de grafitis en cyrillique, souvenir des nouveaux occupants. De plus l’ensemble du quartier est en zone d’occupation soviétique. Pourtant la Chancellerie, et dans une moindre mesure le bunker, devient un lieu de visite prisée des vainqueurs. La situation perdure ainsi jusqu’en 1947. Les deux abris deviennent inaccessibles car inondés, en particulier celui du Führer. Les bâtiments de l’ancienne et nouvelle Chancellerie, dressent toujours ses imposantes façades, car en fin de compte ils n'ont été que partiellement touchés par les bombardements et les combats des derniers jours.

La destruction

Un document daté du 25 octobre 1947 ordonne la destruction des deux abris ainsi que la Chancellerie. Le 12 novembre le pompage des deux mètres d’eau qui stagnent dans le Führerbunker est achevé. Pour autant le chantier s’arrête le 25 novembre. Début décembre l’abri est une dernière fois visité. D’après le témoignage d’un des participants, il y a de nouveau 20 centimètres d’eau. Le 27 janvier 1948 un nouvel ordre impératif et précis arrive à Berlin. Il s’agit de détruire sans délais tous les abris du secteur de la Chancellerie, six en tout. Wilhelmplatz, ancienne Chancellerie, ministère des affaires étrangères, résidence de Goebbels et les deux abris sous la Pariser Platz toute proche. Malgré les craintes exprimées par les autorités allemandes locales qui craignent l’utilisation massive d’explosifs  vis-à-vis des immeubles proches, les russes font sauter les éléments extérieurs de l’abri de la chancellerie, sortie de secours et tourelles.  Ils ne parviennent pas à détruire le bunker malgré plusieurs tentatives qui ne font que détruire partiellement les cloisons intérieures. On peut donc observer sur les photos des premiers mois de l’année 1948, les ruines de la sortie de secours et de la tourelle renversées avec en arrière-plan celles de la chancellerie. En 1959, une nouvelle campagne de destruction est lancée, sans plus de succès. Finalement les accès sont bouchés et l’ensemble laissé à l’abandon. Avec la construction du mur, la zone du bunker se retrouve dans le no man’s land proche de la frontière. Suite à la découverte en 1967 de plusieurs tunnels creusés par des allemands de l’Est pour fuir, une inspection minutieuse des zones proches du mur sont faites par la stasi, la police politique de la DDR.  En 1974 la zone de l’ancienne Chancellerie est l’objet des recherches de la stasi, car cette dernière pense que d’anciens souterrains peuvent être utilisés par les fuyards. Le Führerbunker est ouvert, vidé des 150 cm d’eau puis photographié et filmé avant d’être à nouveau fermé. A partir de 1987, un vaste programme de construction d’immeubles populaires est mis en place sur cet espace abandonné. Le sol est creusé sur près de huit mètres de profondeur. On retrouve facilement les deux bunkers. L’ancien est rapidement détruit de même que les fondations de la Chancellerie. Pour le Führerbunker, la tâche est plus difficile. Le principe de sa destruction totale est abandonné car trop onéreux. Seule la dalle de couverture est détruite et une partie des gravats est versée à l’intérieur de l’abri. Le tout est recouvert de sable et gravier. La construction des immeubles peut débuter. Ainsi disparaît à jamais le dernier lieu de pouvoir d’Hitler. Une partie de son emplacement est aujourd’hui un petit jardin public et un parking. En 2006, un panneau d’informations est mis en place.

1945_have

 

Vision de la sortie de secours dans les jardins, quelques jours après la fin de la guerre. La tourelle inachevée à gauche, l'accès au bunker au centre et en arrière-plan la salle de reception sous laquelle est construit le premier abri de la Chancellerie.

94f16510

 

 

308y8hs

 

 Les enquêteurs se pressent sur les lieux. Deux photos de la tranchée où les corps d'Hitler et son épouse furent trouvés. 

12_116565168

1x1_fi_ef55814cfee9ef4125938a20fdeab309_888_896

Capt__H080934_008

Situé en zone d'occupation russe, l'ouvrage est gardé. Pour les occidentaux, il faut une autorisation pour visiter le bunker.

25325425245245

Berlin_1945_Churchill_Chancellerie_12

Visite de Churchill certainement en juillet 1945, date de sa présence à Berlin.

 

 

 

Sources et illustrations: Führerbunker de Pietro Guido, Wikipédia, www.ostfront.com, www.passionmilitaria.com, www.berliner-unterwelten.de, Pinterest, Flickr,LIFE, Der Spiegel(Robert Conrad),waralbum.com, BAMA,DW-kultur-Berlin,IWM

Remerciements à Jürgen Strecker pour la vérification de l’orthographe des mots en allemand.